Les stages non-rémunérés, un enjeu pour les étudiant.e.s LGBTQ+

Les stages non-rémunérés, un enjeu pour les étudiant.e.s LGBTQ+

La lutte étudiante pour la rémunération des stages, menée notamment par les Comités unitaires pour le travail étudiant (CUTE), bat son plein au Québec. Au-delà des préoccupations économiques, la rémunération des stages revêt une importance sociale, qui est nécessaire au bien-être de populations précarisées, dont les femmes, les personnes racisées, ainsi que les minorités sexuelles et de genre.

Les associations étudiantes qui revendiquent la rémunération des stages ont maintes et maintes fois souligné la dimension féministe de cette lutte. Puisant dans le féminisme matérialiste, les CUTE ont évoqué certains effets du travail impayé par les stagiaires, dont le surendettement et l’épuisement professionnel, qui font présentement rage parmi le corps étudiant. Qui plus est, la majorité des stages non-rémunérés étant effectués dans des programmes traditionnellement féminins et s’inscrivant dans le care, tel que l’enseignement ou le travail social, la dimension genrée de cette lutte prend tout son sens.

Ceci étant, force est de constater que la non-rémunération des stages affecte également et directement les étudiant.e.s LGBTQ+ qui sont nombreux.ses à poursuivre des études dans le domaine du care, dont la sexologie, la psychologie et le travail social. Cette réalité peut ainsi contribuer à une précarisation accrue d’une population historiquement et présentement marginalisée.

À la recherche de lieux de stages sécuritaires

De nombreuses études ont démontré l’étendue des violences vécues par les personnes LGBTQ+ au Québec. Alors qu’une étude de Line Chamberland, Gabrielle Richard et Michaël Bernier révélait, en 2013, que 69% des élèves de secondaire questionné.e.s et s’identifiant comme lesbiennes, gais, bisexuel.les ou en questionnement déclarait avoir été victime d’au moins un incident à caractère homophobe, l’enquête ESSIMU soulignait en 2017 que les minorités sexuelles et de genre demeuraient plus susceptibles de vivre des violences sexuelles en contexte universitaire. Plus encore, un rapport sur le racisme systémique produit par le Conseil Québécois LGBT en 2017 soulignait les discriminations multiples vécues par les personnes racisées LGBTQ+ en milieu scolaire, considéré comme hautement toxique. Ces études s’ajoutent aux nombreuses recherches répertoriant l’ampleur des discriminations subies par les personnes LGBTQ+ sur le marché du travail.

Or, en raison de parcours personnels pouvant être marqués par des incidents LGBTQ-phobes, il est peu étonnant que les étudiant.e.s LGBTQ+ se tournent vers des lieux de stage sécuritaires dans lesquels iels peuvent recevoir une formation libre de violences LGBTQ-phobes. Si on ne peut pas généraliser à tout un segment de la population, nous constatons tout de même un besoin partagé par les stagiaires LGBTQ+, dont plusieurs choisissent les organismes offrant des services spécifiques aux personnes des minorités sexuelles et de genre comme milieux de stage.

Les organismes communautaires LGBTQ+ sous-financés

Une enquête du Regroupement intersectoriel des organismes communautaires de Montréal révélait en 2014 que près de 95% des organismes communautaires ressentent les effets d’un sous-financement chronique du milieu de l’action communautaire, dont une augmentation de la charge de travail. Le désengagement de l’État face aux services publics, qui s’observe depuis plusieurs années, donne lieu à plusieurs situations problématiques. D’une part, il contribue à la précarisation des organismes communautaires et des travailleurs.ses de ce secteur, alors que d’autre part, il amène les personnes aux parcours les plus marginalisés à avoir recours aux services offerts par ces milieux, rendant ainsi la demande d’autant plus criante pour les intervenant.e.s.

Autrement dit, il s’en dégage un lien de codépendance entre plusieurs stagiaires LGBTQ+ de divers milieux, provenant notamment du domaine du care, qui sont en quête de milieux de stages inclusifs et sécuritaires, et des organismes jeunesse LGBTQ+ qui ont besoin de cette force humaine, mais qui n’ont pas les ressources nécessaires afin d’offrir une rémunération juste et adéquate.

Dans une optique de réduction des inégalités sociales, la Coalition des organismes jeunesse LGBTQ+ appuie donc la lutte étudiante pour la rémunération des stages et invite le gouvernement du Québec à réfléchir plus largement à l’avenir des futures générations de travailleurs.ses et à leur épanouissement dans une société inclusive et égalitaire pour tous et toutes.

 

Marie-Édith Vigneau, Présidente, Coalition des groupes jeunesse LGBTQ+
Alexie Labelle, Vice-présidente, Coalition des groupes jeunesse LGBTQ+
Arielle Mathieu, Trésorière, Coalition des groupes jeunesse LGBTQ+

Co-signataires:
Sandrine Lizotte, Secrétaire, Coalition des groupes jeunesse LGBTQ+
Annie Savage, Directrice générale, Coalition des groupes jeunesse LGBTQ+
Catherine Bond, Administrateur, Coalition des groupes jeunesse LGBTQ+
July Paquette-Greenbaum, Administratrice, Coalition des groupes jeunesse LGBTQ+
Marie-Philippe Drouin, Agent.e de projet l’Astérisk, Coalition des groupes jeunesse LGBTQ+
Bruno Laprade, militant pour les droits LGBTQ+
Julie Duford, étudiante au doctorat en sexologie à l’UQÀM
Joannie Veilleux, Coordonnatrice des projets Empreintes, ENSEMBLE pour le respect de la diversité
Marie José Fiset, Directrice générale, ENSEMBLE pour le respect de la diversité
Vincent Mousseau, étudiant en travail social à l’Université McGill
Francesca Buxton, Co-coordinatrice admin et financement, Projet 10
Sonia Parra Jordán, étudiante en santé publique à l’UdeM et Présidente, Projet 10
Guillaume Perrier, Coordonnateur de l’intervention, AlterHéros
Comité sur les enjeux de la diversité sexuelle et de genre, Syndicat des employé·e·s étudiant·e·s de l’UQAM (SETUE)
Fadwa Cherraj, membre du conseil d’administration, Projet 10
Jessica Miousse, doctorante et interne en psychologie et bénévole pour AlterHéros
Jessica White, bénévole intervenante pour AlterHéros
Jonathan Tremblay, Président, Jeunesse Lambda
Maxime Gosselin, Vice-président.e, Jeunesse Lambda
Cora Davidson, Responsable des communications, Jeunesse Lambda
Marie-Andrée Gauthier, militante
Kim St-Laurent, Secrétaire, AlterHéros
Coalition des familles LGBT